La «sarkophobie» s'empare de l'Hexagone, même à droite
Par actualité mondiale le mardi, février 26 2008, 04:37 - Président Sarkozy - Lien permanent
Neuf mois après son élection, Nicolas Sarkozy ne parvient toujours pas à revêtir ses habits de chef d'Etat. Les Français ne tolèrent plus ses écarts de comportement et attendent toujours une hausse de leur pouvoir d'achat.
«Le principal ennemi de Nicolas Sarkozy, c'est lui-même.» Ce diagnostic avait été posé par Jacques Chirac, alors président, à propos de celui qui était encore son ministre. A cette époque, on avait mis ce jugement sur le compte du dépit ressenti par un chef d'Etat en déclin devant l'irrésistible ascension de son futur successeur, honni qui plus est. Actuellement, ce jugement prend toute sa valeur. Multipliant les écarts de comportement, Nicolas Sarkozy ne parvient pas, neuf mois après son élection, à revêtir ses habits de chef d'Etat. La «sarkophobie» s'étend en France, même auprès des citoyens qui votent à droite. Elle se fonde sur quatre types de conduite, ou d'inconduite, personnelle.
LA VULGARITÉ
Le président développe trois formes de vulgarité différentes.
La vulgarité intentionnelle, tout d'abord. En
promettant de nettoyer un quartier de la banlieue parisienne au
Kärcher, en lançant, en pleine conférence de presse, «avec Carla, c'est
du sérieux», Sarkozy sait qu'il va retenir l'attention des médias
et les conduire à «oublier» de traiter des sujets plus ennuyeux pour le pouvoir.
La vulgarité compulsive, ensuite. En pianotant sans cesse sur son portable, même pendant son audience avec le pape, il illustre sa difficulté à se maîtriser.
La vulgarité spontanée, enfin. Le dernier exemple remonte à sa prise de bec, samedi, avec un visiteur au Salon de l'Agriculture, qu'il traite de «pauvre con». Pour anecdotique qu'il puisse paraître, cet incident démontre également l'incapacité de Sarkozy à se dominer. Ce qui est plutôt gênant pour un homme qui dispose du feu nucléaire. L'addition de toutes ces formes de vulgarité devient préoccupante pour un magistrat qui doit incarner la République.
ÉGOTISME EXACERBÉ
C'est le président «moi je».
Lors de son récent discours sur les banlieues, nous avons compté qu'il
a prononcé les mots «je veux» à ... 47 reprises sur treize pages. Il ne
conçoit l'action politique que par rapport à son ego. Le président sait
bien déléguer les tâches à ses conseillers et ministres qui sont tous
considérés comme ses «collaborateurs» mais ne supporte pas qu'ils lui
fassent de l'ombre, ne serait-ce que sur ses escarpins. Il apprécie le
travail d'équipe, à condition d'être le seul à en retirer la gloire.
Certes, Nicolas Sarkozy écoute et apprécie ses plus proches
conseillers, mais ces derniers ne sont pas forcément les interlocuteurs
les plus compétents. Et c'est le plus souvent en solitaire qu'il prend
ses décisions.
ÉTALAGE DE LA VIE PRIVÉE
Les Français se montrent,
à cet égard, fort ambigus. D'un côté, ils prétendent ne plus supporter
les aléas de la vie sentimentale du président. De l'autre, ils se ruent
sur les nombreux ouvrages qui dessinent la Carte du Tendre
présidentielle. Toutefois, un aspect les hérisse, c'est la fascination
de Nicolas Sarkozy pour la richesse et les milliardaires.
L'autoaugmentation de son salaire a été mal vécue par ceux qui
éprouvent de plus en plus de peine à nouer les deux bouts.
LA BAISSE DU POUVOIR D'ACHAT
C'est vraiment le sujet qui fâche. Selon 60 millions de consommateurs,
mensuel de l'Institut national de la consommation (INC) qui paraît
aujourd'hui, les prix des denrées alimentaires ont explosé, de novembre
à janvier, jusqu'à plus de 48% d'augmentation. Principaux types de
produits touchés par cette hausse: les pâtes, les yogourts, les
fromages. Et non pas les langoustes, le caviar ou les ortolans. Or les
salaires, eux, stagnent. Nicolas Sarkozy qui s'était proclamé
«président du pouvoir d'achat» est aujourd'hui contraint d'expliquer
que, les «caisses étant vides», il ne peut rien faire. Dès lors, la
collision d'images entre un président affichant ses goûts de luxe et la
valse des étiquettes dans les supermarchés devient insupportable à un
nombre croissant de citoyens.
