Aung Kyaw Oo, autre ex-prisonnier politique, a vu, lui aussi, sa jeunesse s'envoler à travers des barreaux. Emprisonné alors qu'il était âgé d'une vingtaine d'années pour avoir appartenu à un syndicat d'étudiants interdit, il raconte la bataille qu'il a menée pour ne pas perdre espoir.

"Parfois, je pensais qu'il valait mieux mourir mais ça, c'était la facilité. Pendant 14 ans, j'ai essayé de lire des livres obtenus clandestinement. Nous essayions d'apprendre l'anglais et, quand c'était possible, nous parlions de politique".

Nay Tin Myint et Aung Kyaw Oo ont finalement été libérés et se sont récemment réfugiés en Thaïlande, dans la localité frontalière de Mae Sot.

Désormais, leurs pensées vont à ces milliers de personnes emprisonnées ou placées en détention provisoire depuis la répression brutale fin septembre d'un mouvement de protestation populaire emmené par des bonzes et des opposants.

Le régime militaire birman a affirmé que sur 2.171 personnes, dont 533 moines, arrêtées après les manifestations, 1.215 avaient été libérées.

Des diplomates occidentaux en poste à Rangoun sont convaincus que ces chiffres sont minimisés. Avant le déclenchement de la révolte, il y avait déjà plus de 1.100 prisonniers politiques en Birmanie, selon l'ONU.

Peu d'informations filtrent sur les "suspects" appréhendés ces dernières semaines mais l'Association d'assistance aux prisonniers politiques birmans (AAPP), basée en Thaïlande, a annoncé mercredi qu'un membre du parti de l'opposante Aung San Suu Kyi était mort sous la torture lors d'un interrogatoire près de Mandalay, la deuxième ville du pays.

Dans tous ses communiqués, Amnesty International rappelle les terribles conditions de détention en Birmanie et les risques permanents de mauvais traitements.

"Cela comprend des punitions corporelles et l'utilisation de chaînes et d'autres entraves, combinée à l'isolement dans des cellules sombres", explique Catherine Baber, directrice d'Amnesty pour l'Asie-Pacifique.

"Dans le contexte spécifique de la détention avant procès ou pour interrogatoire, nous continuons d'enregistrer des informations précises sur l'utilisation répandue et systématique de la torture", ajoute-t-elle.

Mardi, la presse officielle birmane a averti que toutes les personnes détenues provisoirement et ayant "enfreint la loi" pourraient être inculpées, jugées et emprisonnées.

Aung Kyaw Oo se souvient de son propre procès en 1991. "J'ai été condamné en un jour, en une heure, par un juge en uniforme militaire".

Bo Kyi, qui dirige l'AAPP et qui a passé lui-même plus de sept ans en détention, précise qu'il y a 43 prisons et 91 camps de travail en Birmanie. Personne ne sait cependant avec certitude où se trouvent les nouveaux détenus.